Le dernier webinaire de SBS a traité de la problématique de la gestion raisonnée des strongles gastro-intestinaux (SGI) chez les bovins et a présenté le projet PARVET mené par Pamela Staehli du FiBL sur le canton de Vaud.
Le contexte qui a amené à la réalisation de ce projet est le constat qu’il y a une grosse différence entre les résultats de la recherche et la pratique actuelle. En effet, les études montrent que l’impact environnemental des lactones macrocycliques (auxquels appartiennent par exemple Eprivalan®, Noromectine®) est inquiétant (Whode et al 2016, Verdù et al 2018) et que les résistances à ces molécules augmentent. En outre, on constate que les ressources en anthelmintiques (= anti-parasitaire) sont limitées car la recherche de nouvelles molécules est lente. Un pré-projet a révélé que des résistances aux anthelmintiques sont présentes sur le canton de Vaud heureusement pas à des seuils extrêmement sévères comme décrit dans d’autres études au niveau mondial chez les petits ruminants. Ces résistances concernent plus particulièrement les lactones macrocycliques administrés en topique (pour-on). Un questionnaire adressé aux vétérinaires praticiens sur le canton a montré que peu de praticiens optent pour une approche raisonnée. Le projet PARVET s’est donné le but d’accompagner vétérinaires praticiens et agriculteurs dans une démarche de gestion raisonnée des strongles gastro-intestinaux (SGI). Il a duré de 2022 à 2024. Une visite avec la responsable du projet, le vétérinaire d’exploitation et l’agriculteur a été faite permettant ainsi de réfléchir à une stratégie pour la gestion des SGI.
Il est important de bien connaître le cycle des strongles gastro-intestinaux pour pouvoir au mieux les combattre.
Rappelons que le bovin s’infeste en ingérant une larve infectieuse L3 qui va continuer son développement en L4, L5 jusqu’au stade adulte où la reproduction se met en place. Les femelles vont se mettre à pondre. Les œufs sont excrétés en même temps que les bouses et vont éclore à l’intérieur de celle-ci et se développer en L1, L2 puis en L3. La larve L3 va migrer hors des bouses et monter sur les brins d’herbe. Ainsi se boucle le cycle. Notons que L3 a une particularité : pour supporter des conditions non-optimales pour elle, elle va se couvrir d’une gaine qui va aussi l’empêcher de se nourrir la forçant à puiser dans ses réserves. Avec des conditions optimales (les larves aiment le chaud et l’humidité), le cycle dure 21 jours. Les périodes à risque pour les animaux sont d’environ 4 à 10 semaines après la mise à l’herbe.
Le bovin a heureusement la capacité de développer une immunité efficace contre ces parasites. Il faut compter environ 8 mois de temps de contact effectif (TCE) pour qu’il développe une immunité suffisante pour le protéger des symptômes cliniques et tout l’enjeu consiste à laisser les bovins en contact avec les parasites mais sans que leur système immunitaire ne soit dépassé. On cherche un équilibre des forces.
Différents moyens permettent ce contact utile sans pour autant exposer les animaux à trop de parasites et ainsi à des symptômes qui affectent leur accroissement.
Une pâture mixte avec des chevaux permet de réduire la pression parasitaire ou alors une pâture alternée soit avec des équidés, soit avec des bovins immunisés (adultes par exemple). Une fauche intermédiaire peut aussi diminuer le nombre de larves infestantes.
Le conseil actuel est de ne pas mettre des animaux dans un pré libre de strongles gastro-intestinaux directement après un vermifuge. Le but est d’éviter une sélection de vers résistants. Il est important de considérer la notion de refuge. Ce terme résume le fait qu’on aimerait garder une population mixte entre vers résistants et vers sensibles aux anthelmintiques (= antiparasitaires). Comme refuge, on peut garder des animaux sains et en bonne santé non vermifugés, des prairies non utilisées par des animaux vermifugés. Les larves L4 qui passent l’hiver en dormance dans les animaux entrent aussi dans cette catégorie.
Pour les analyses de laboratoires, les coproscopies (= analyses de selles) ont été utilisées dans le cadre du projet (en nombre d’œufs par gramme = opg) ainsi que des prises de sang pour la mesure du pepsinogène. Ce dernier est un précurseur de la pepsine (=enzyme de la digestion) dans la caillette. Des lésions de la muqueuse induisent son augmentation dans le sang. Cette valeur est utilisable pour déceler une infestation à Ostertagia chez les jeunes animaux de première pâture.
Pour le projet Parvet, la combinaison de ces analyses de laboratoire ainsi que la mesure du gain moyen quotidien (GMQ) ont été déterminantes pour décider d’un traitement ou non. Des traitements ont été préconisés dès que le nombre d’œufs par gramme de bouse dépassait 300 en individuel et 200 lors de pools et/ou dès que les taux sériques de pépsinogène excédaient 2000 mUTyr (= Unité de mesure pour le pepsinogène = miliunité de Tyroxine).
Les résultats du projet ont montré qu’il n’y a pas de pression massive de SGI dans les fermes analysées. La gestion des pâtures est bonne. Il a été possible de renoncer à des anthelmintiques dans la majorité des cas sans que les GMQ n’en soient affectés.
Un film tourné sur une exploitation qui a participé au projet a permis d’entendre le témoignage positif de l’éleveur ainsi que de son vétérinaire traitant.
Les résultats de ce projet montrent qu’une autre voie de gestion des parasites est possible avec un bénéfice intéressant pour l’éleveur ainsi que pour son vétérinaire et, que, face à une opinion publique de plus en plus sensibilisée à l’impact des produits de traitement sur la biodiversité, ces conclusions ne peuvent qu’encourager vétérinaires et éleveurs à penser différemment la gestion des parasites.
Auteure: Véronique Schneider SBS