On entend par avortement l’expulsion d’un fœtus immature et non viable avant le terme normal de la gestation. Entre le 43ème et le 140ème jour de gestation, on parle d’avortement précoce, tandis qu’entre le 140ème et le 265ème jour de gestation, il s’agit d’un avortement tardif. Selon l’ordonnance sur les épizooties, tout avortement doit être signalé au ou à la vétérinaire. Un examen est obligatoire lorsqu’un avortement est survenu dans l’exploitation d’un marchand de bétail, pendant l’estivage ou encore lorsque plus d’un animal a avorté en quatre mois. On estime qu’entre 14'000 et 28'000 animaux par année avortent en Suisse, bien que les chiffres exacts ne soient pas connus. En 2025, 4’397 examens d’avortement ont été effectués en Suisse. Lors de la surveillance officielle des avortements, la priorité est d’exclure des épizooties (IBR/IPV, BVD, brucellose, coxiellose). Des examens complémentaires sont souvent nécessaires afin de déterminer la cause de l’avortement. Dans la suite de la présentation, Prof. Nicole Borel, vétérinaire à l’Institut de pathologie vétérinaire à Zurich, a abordé les différents pathogènes abortifs ainsi que leur diagnostic.
Lors de la deuxième partie de la soirée, Charlotte Waldvogel, vétérinaire chez SBS, a présenté un cas issu d’une exploitation atteinte de néosporose. Il s’agissait d’une exploitation laitière comptant 50 vaches en lactation des races Holstein et Brown Swiss. En 2024, 20 avortements ont été signalés dans l’exploitation et la production laitière des animaux a chuté de 9'000 à 7'000 kg de lait en moyenne. Le vétérinaire du troupeau a procédé à l’examen de trois avortements et les premiers échanges avec le responsable de l’exploitation ont permis d’écarter les causes non infectieuses. Les premières investigations ont révélé un résultat positif pour Neospora caninum, à la suite de quoi, en accord avec l’Office des affaires vétérinaires, toutes les vaches ont été testées par analyses sanguines. Parmi les 53 vaches testées, 28 se sont révélées positives. A ce stade, Santé Bovins Suisse a été sollicitée, afin d’élaborer un plan d’assainissement spécifique à l'exploitation. Les chiens s'infectent en ingérant de la viande bovine crue ou des annexes fœtales (placenta) contaminées par l’agent pathogène, puis excrètent des oocystes dans leurs fèces pendant une courte période. Lorsque les vaches ingèrent des aliments contaminés par des fèces, le cycle se referme et des avortements surviennent. Une transmission verticale du parasite de la mère au veau pendant la gestation est également possible. Les infections par Neospora caninum ne peuvent pas être traitées chez les bovins, il n’existe pas de vaccin et les animaux restent porteurs à vie après l’infection. En raison du cycle de transmission, les mesures de contrôle suivantes ont dû être mises en place dans l’exploitation : lorsque les animaux étaient gestants au moment du prélèvement, les veaux étaient ensuite testés afin d’exclure une transmission verticale. Seuls les veaux négatifs ont été gardés pour l’élevage, tandis que les animaux positifs ainsi que tous les veaux d’engraissement ont été vendus comme veaux destinés à l’engraissement. Pour les animaux non gestants, une décision individuelle a été prise entre l’abattage et une insémination avec des races à viande à l’avenir. Chez les animaux à haute valeur génétique, des descendants négatifs peuvent être obtenus par transfert embryonnaire, en implantant l’embryon dans une mère porteuse négative. Afin d’éviter de nouvelles infections, il est essentiel d’éviter tout contact des chiens avec l’alimentation des animaux et de ne pas les nourrir avec de la viande crue. De plus, le placenta doit être éliminé de manière à empêcher l’accès des chiens de l’exploitation. Seule la mise en œuvre de l’ensemble de ces mesures permet d’interrompre le cycle de transmission.
Auteure: Jessica Bauer SBS