Les épizooties en Suisse : quel est l’état de la situation et comment protéger ses animaux ?

La notion d’« épizootie » est définie juridiquement dans les lois sur les épizooties des différents pays. Une épizootie nécessite une intervention de l’État en raison des risques importants qu’elle présente pour les cheptels, l’économie ou la population humaine. En Suisse, on distingue les épizooties hautement contagieuses, celles devant être éradiquées, celles devant être combattues et celles devant faire l’objet d’une surveillance. Tout foyer épizootique et tout soupçon d’épizootie doivent être signalés sans délai. Pour les agents pathogènes définis comme responables d’épizooties par la loi sur les épizooties, la procédure à suivre et les mesures à prendre sont clairement définies. La vague de cas aigus de diarrhées et de fièvre chez les vaches a toutefois montré qu’une procédure clairement définie est également extrêmement importante dans les situations autres que les épizooties à déclaration obligatoire. En effet, une telle procédure permet de maîtriser le plus rapidement possible l’évolution de la maladie.

Au cours de la deuxième semaine de juillet, Santé Bovins Suisse (SBS) a reçu de nombreux signalements de cas de diarrhées accompagnées de fièvre, principalement chez les vaches laitières. Afin de définir les mesures à prendre, SBS a organisé une réunion de crise. Les températures élevées et les symptômes observés laissaient dans un premier temps penser à un stress thermique. Afin d’évaluer la situation, un questionnaire a été élaboré à l’intention des responsables d’exploitations concernées ; celui-ci comprenait des questions générales sur les événements ainsi que sur les symptômes et les risques liés au stress thermique. Afin de déterminer l’éventuelle implication de rotavirus et de coronavirus, une campagne d’analyses à tarif réduit a été mise en place en collaboration avec le service de virologie de Zurich.

Des informations actualisées ont été diffusées en continu via le site Internet de SBS, le chat des vétérinaires SBS et par e-mail à tous les « clients » SBS ainsi qu’aux services vétérinaires. L'analyse des 356 questionnaires remplis (état au 02/08/26) a montré que les exploitations concernées ayant répondu présentaient une répartition homogène en termes de taille de troupeau, de production laitière et d'altitude. Les symptômes sont apparus principalement entre fin juin et fin juillet. Dans la plupart des cas, plus d’un quart du troupeau était touché (vous trouverez toutes les analyses ici).

Jakub Kubacki (section des épizooties à transmission vectorielle de l’Institut de virologie et d’immunologie IVI) a ensuite abordé plus en détail le diagnostic viral. Le 21 juillet 2026, des échantillons provenant du canton du Jura ont été testés positifs pour la première fois aux anticorps contre le virus de Schmallenberg. Celui-ci n’a toutefois pas pu être mis en évidence directement. La semaine suivante, un orthobunyavirus du groupe Simbu (apparenté aux virus de Schmallenberg et de Shamonda), récemment identifié en Europe, a été désigné comme responsable. Tous les virus de ce groupe sont transmis par des insectes piqueurs. L’objectif est désormais de développer et de valider des tests de diagnostic. Actuellement, des échantillons provenant d’animaux atteints d’une forme aiguë de la maladie ainsi que de foetus avortés sont analysés ; vous trouverez des informations à ce sujet ici.

Le virus peut infecter le veau dans l’utérus, ce qui peut entraîner des avortements ou des malformations. Il n’est pas encore possible de prédire la fréquence de ces cas ni l’évolution de la situation.

Concernant la BVD, Elena Di Labio (OVF) a fait le point de la situation: un programme d'éradication est en place en Suisse depuis 2008. Actuellement, la Suisse se trouve dans une phase de transition. Depuis deux ans, un système de feux de signalisation tricolores «BVD» permet de visualiser le statut de chaque exploitation par rapport à cette maladie. Pour obtenir le nouveau statut «indemne de BVD», les exploitations d’élevage devront, à compter du 1er novembre 2026, remplir les trois critères suivants :

Le nouveau statut BVD présente l’avantage de prendre en compte les mouvements d’animaux, qui constituent le principal facteur de risque, dans l’évaluation de ce statut.

La partie suivante du webinaire a concerné le virus de la maladie de la langue bleue (BTV). Il y a un an, les infections par le BTV avaient nettement augmenté fin juillet. Les résultats provisoires d’une enquête en ligne récente sur la situation relative au BTV montrent que près de la moitié des élevages bovins s’estiment « probablement touchés » en raison des symptômes observés. Une évolution similaire était attendue pour l’année 2026. Les derniers mois ont toutefois révélé une situation différente : seuls quelques animaux positifs au BTV ont été signalés. De nombreuses exploitations ont suivi la recommandation officielle de vaccination. Les données relatives à la participation aux frais rétroactive pour les vaccins attestent de ce succès. Selon ces données, 17 342 exploitations ont vacciné au moins un animal contre le BTV en 2025.

La dernière partie du webinaire concernant la dermatose nodulaire a été présentée par Giovanni Peduto , vétérinaire cantonal dans le canton de Vaud. En 2025, un foyer de cette maladie, transmise par des mouches, s'est déclaré en France. La Suisse n'a pas eu de cas, mais certaines régions suisses proches de la frontière se trouvaient dans la zone de surveillance et ont donc dû procéder à une vaccination obligatoire. Giovanni Peduto a détaillé les coûts qui en ont résulté. En Suisse, la surveillance de la maladie suit deux voies distinctes. Un examen d’exclusion permet de mettre en place des mesures diagnostiques sans qu’il s’agisse d’emblée d’une suspicion officielle de maladie. Si une suspicion est suffisamment fondée, une déclaration immédiate est obligatoire et les mesures officielles de lutte contre la maladie doivent être prises. La distinction entre examen d’exclusion et cas suspect repose sur des critères cliniques et épidémiologiques définis et est spécifique à la maladie. Ainsi, la surveillance et la prévention ne constituent pas seulement des mesures vétérinaires, mais aussi des mesures de protection économique.

 

Auteure Jessica Bauer SBS

 

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